Philippines:
bilan économique à la fin 2007

La croissance devrait être proche de 7 % en 2007 et supérieure à 6 % en 2008

Au cours des trois premiers trimestres de 2007, la croissance a été de 7,1 % . Tous les facteurs de croissance ont eu un rôle positif :

  • La consommation des ménages (+5,8 %), largement soutenue par les transferts des Philippins de l’extérieur, toujours en progression (13 Md USD sur 11 mois, environ 10 % du PIB).
  • La consommation publique en hausse de 10,3 % (dépenses de fonctionnement, notamment dépenses de maintenance d’équipement, en revanche pas de progression sensible de la masse salariale en 2007). En effet, le désendettement rapide de l’Etat et le faible niveau des taux d’intérêts réels permettent, tout en limitant le déficit (cf. plus loin) d’augmenter les dépenses non-financières de l’Etat.
  • La reprise des investissements (+7,1 %), tant privés (surtout dans la construction) et publics.
  • La demande extérieure . Sur ce point cependant, l’analyse de court terme peut être trompeuse. Il y a eu en effet un effet positif sur la croissance tout simplement parce que les importations ont crû moins vite au cours du 1er semestre que les exportations. Or une large part des intrants des produits exportés (notamment les produits électroniques) est importée, donc un ralentissement des importations devrait se traduire par une décélération future (le temps de l’assemblage) des exportations. Par ailleurs au 3ème trimestre la demande extérieure avait déjà un effet négatif sur la croissance à cause du phénomène précédent et aussi du fait de la hausse des produits pétroliers importés.

La croissance en 2008 devrait être moins forte qu’en 2007 (en général, les prévisions sont de 6 à 6,5 % dans un contexte de décélération mondiale mais pas de récession américaine ) mais ces taux sont largement supérieurs à la moyenne constatée des dernières années. Les causes de ce ralentissement seraient:

  • Un moindre impact des transferts. Exprimés en USD, ceux-ci devraient être proches de leur niveau de 2007, voire légèrement supérieurs. En effet, le niveau de formation et de rémunération des Philippins de l’extérieur (qui est une catégorie beaucoup plus vaste que celle des seuls OFW, «overseas filipino workers», ayant des contrats de court terme pour des emplois peu ou moyennement qualifiés) s’est fortement accru ces dernières années. Une large part des Philippins de l’étranger (8 millions dont environ 5 millions travaillent) vivent aux Etats-Unis, où ils sont probablement peu affectés par la crise des sub-prime puisqu’ils épargnent pour investir dans l’immobilier aux Philippines (environ 25 % des programmes immobiliers de standing de Manille sont achetés par des Philippins de l’étranger), en Europe (médecins et infirmières qui sont donc payés en euros, notamment) ou dans le Golfe, en bénéficiant du boom de l’investissement de ces pays. Exprimés en pesos (dont la tendance à l’appréciation devrait se confirmer), les montants transférés devraient donc plutôt stagner et l’impact sur la croissance devrait être neutre.
  • Une demande extérieure moindre, avec peut-être un effet négatif. Le ralentissement américain, la concurrence chinoise sur certains produits électroniques feront probablement plus que compenser la progression des exportations minières. Concernant l’impact d’une récession américaine sur les exportations philippines, il faut noter que la dépendance directe envers les Etats-Unis diminue. Au cours des 11 premiers mois de l’année 2007, les ventes vers les Etats-Unis représentaient 17 % des exportations philippines contre 18 % en 2006, alors que les ventes vers l’ensemble Chine et Hong Kong passaient sur la même période de 17 % à 23 %. Par ailleurs, ces ventes vers les Etats-Unis sont principalement des ventes de produits électroniques à forte composante importée et à relativement faible valeur ajoutée: l’impact sur le PIB ou la balance des paiements d’un ralentissement américain devrait être moindre que la dépendance apparente (17 % des exportations) envers les Etats-Unis.
  • En revanche, l’investissement devrait continuer de croître et donc tirer la croissance. En effet, la mise à niveau des centrales électriques privatisées en 2007 et la réalisation progressive des projets miniers devraient se traduire par des achats d’équipement et donc un effort d’investissement soutenu. Concernant l’investissement public, les marges de manœuvre budgétaires et les engagements présidentiels sur les réalisations de projets d’infrastructures devraient également avoir un effet positif.

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Grâce aux privatisations, la dette publique semble désormais soutenable

A la fin de 2007, la dette du gouvernement représentait 59 % du PIB, en diminution particulièrement rapide: ce ratio était de 78 % en 2004, 72 % en 2005 et 64 % fin 2006. Plusieurs facteurs ont joué dans le sens de cette diminution, particulièrement cette année:

  • La croissance soutenue depuis plusieurs années: 6,4 % en 2004, 4,9 % en 2005 et 5,5 % en 2006.
  • L’appréciation du peso contre le dollar, diminuant le poids de la dette publique extérieure (37 Md USD, libellée en USD à 68 %).
  • Le faible niveau des taux d’intérêts réels: en 2007, les taux des bons du Trésor étaient proches de 4 % pour une inflation de 2,8 %.
  • Et les bons résultats budgétaires, ce qui dans les statistiques philippines incluent les recettes de privatisation (mais pas celles des ventes d’actifs du secteur électrique, qui sont affectées selon la loi au désendettement de la compagnie publique NAPOCOR). Avec les recettes de privatisations (1,5 point de PIB en 2007), le budget 2007 sera proche de l’équilibre.

Ce constat est valide : la pression fiscale actuelle, de l’ordre de 15% du PIB, n’est pas suffisante pour financer sur le long terme les besoins sociaux et d’infrastructure du pays. Néanmoins, cette critique doit être relativisée : sans privatisations, le déficit serait probablement de 1,5 % du PIB, ce qui aurait cependant permis (compte tenu de la croissance et des taux d’intérêts) une légère diminution du poids de la dette.

Effectivement, les recettes fiscales ont été nettement moins bonnes que prévues au premier semestre (certains observateurs locaux lient ceci au contexte électoral), mais depuis l’implication directe de la présidente dans ce dossier, le taux de collecte a progressé fortement et le retard sur les objectifs annuels a diminué. Ceci signifie que les marges de progression de la collecte à réglementation constante sont importantes (par rapport au niveau de développement des Philippines, très peu d’entreprises paient effectivement des impôts ou la TVA. Ceci et la nette amélioration des résultats des entreprises en 2007 (+24 % sur neuf mois pour les 50 plus fortes capitalisations boursières) laissent à penser que sans changement de réglementation, la collecte fiscale (mais pas les recettes douanières pénalisées par l’appréciation du peso) pourrait progresser de nouveau en 2008.

Il faut également noter les bons résultats, après des années de déception, de la réforme du secteur électrique. Alors que la dette de la société publique d’électricité NAPOCOR est d’environ 7 Md USD, la structure de défaisance PSALM a réussi en 2007 la mise en concession sur 25 ans du réseau de transmission TRANSCO (pour près de 4 Md USD) et des ventes de centrales pour 2 Md USD. Les prix de ventes ont excédé les prévisions du marche et ces ventes ont attiré des entreprises de niveau mondial: State Grid Of China pour Transco, AES et Suez-Tractebel.

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L'appréciation du peso, liée aux entrées de devises des Philippins de l'étranger, donne une marge de manœuvre à la politique monétaire des Philippines

En 2007, le peso philippin a été l’une des devises qui s’est le plus appréciée: de 19 % contre dollar et de 7 % contre euro. Alors que le pays est en déficit commercial structurel (5,5 Md USD sur neuf mois), que les entrées d’investissements directs étrangers restent modérées quoiqu’en en progrès (2 Md USD sur neuf mois) et que les entrées d’investissements de portefeuille sont faibles (moins de 3 Md USD), ce sont bien les transferts des Philippins de l’étranger qui déterminent cette tendance à l’appréciation du peso, avec des entrées stables et dépassant mensuellement 1 Md USD.

Face à ces transferts massifs, les autorités philippines ont cherché à limiter l’appréciation: en reconstituant des réserves (34 Md USD en décembre, en hausse de 11 Md sur un an), en favorisant des remboursements anticipés de dette extérieure (remboursement des bons Brady et anticipation de remboursement envers le FMI et les banques de développement), en prenant position à terme sur la cotation peso/dollar (fin novembre, les engagements de la Banque centrale était de 10 Md USD sur des swaps USD/PHP) se traduisant d’ailleurs par des pertes significatives de la Banque centrale.

Du fait de leur ampleur, ces entrées de devises sont l’élément déterminant de l’évolution de la masse monétaire philippine. L’action de la Banque centrale (qui avait une cible d’inflation de 4 à 5 % pour 2007) a été double:

  • Baisses successives des taux directeurs (dont la dernière a eu lieu le 20 décembre), qui sont désormais respectivement de 5,25 % et 7,25 %.
  • Depuis le mois de mai, mise en place de mesures luttant contre l’augmentation de la liquidité domestique (stérilisation partielle des réserves). En pratique, la Banque centrale ne pouvant émettre des bons (interdiction due aux pratiques anciennes de financement monétaire du déficit), elle propose des placements sur des «Special Deposit Accounts», ou SDA, ouverts aux banques mais aussi aux fonds de pensions. Ces mesures ont permis effectivement de ralentir drastiquement la croissance de la masse monétaire, passée de 25 % en avril à 9 % en novembre.

Cette politique monétaire a cependant un coût pour la Banque centrale: celui de la stérilisation des réserves (ce coût diminue cependant avec la baisse des taux), les pertes sur les engagements à terme.

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